Handicap et Maltraitance

Communiqué de Janvier 2014
Réseau National des Communautés Educatives

Handicap et maltraitance,

Comment ne pas réagir au reportage de zone interdite du dimanche 19 janvier sur cette maltraitance faite à ces jeunes handicapés. Mais il me semble nécessaire d’apporter l’éclairage, l’analyse qui découle d’une vie professionnelle, d’éducateur, puis d’enseignant, avant d’exercer la fonction de directeur d’établissement durant plus de 20ans.

Si les reportages effectués ne sont ni supportables ni à mettre en doute, il reste nécessaire de penser qu’ils ne reflètent pas la majorité des établissements qui sont de véritables lieux de vies, ce qui n’excuse en rien les faits gravissimes présentés qui doivent être condamnés.

La question est et reste : comment peut-on en arriver là ?

Les différentes parties de cette émission témoignent de problématiques spécifiques dans une politique nationale, voir européenne, d’accompagnement des personnes.

La première qui apparaît est celle de la toute puissance médicale.

La seconde est celle de la privatisation.

La troisième est celle des moyens ; humains et financiers.

Concernant la toute puissance médicale les parents ont été les premiers à en subir les dérives, certes l’évolution des pratiques issues du médico social a démontré tardivement qu’il n’y avait pas un tout thérapeutique à opposer à un tout éducatif, les enfants et adolescents perturbés ont besoin d’être apaisés, rassurés pour bénéficier de temps éducatifs mais la réponse médicamenteuse n’est pas la seule et elle ne peut être qu’adaptée à la personne dans ses besoins, dans ces effets et dans le temps. Les médecins qui pratiquent la camisole chimique sont aussi coupables que les éducateurs qui deviennent maltraitants parce qu’ils craquent, qu’ils sont seuls ou mal préparés à ce travail au service des autres.

Le conseil d’état vient de s’interroger sur les différences entre le service public les missions de service public confiées à des associations privées. Il reconnaît la mission de service public si l’établissement a reçu une habilitation, si il est financé et contrôlé par des organismes d’état.

C’est bien là tout le débat : comment de tels actes peuvent-ils être commis alors que les établissements depuis les lois de 2002 et 2005 doivent répondre à des critères d’évaluation internes et externes, à des recommandations de bonnes pratiques ( ANESM) cela laisserait-il supposer que ces dispositions réglementaires et coûteuses ne servent à rien ?

Peut être que la question des moyens pourrait nous apporter un embryon de réponse :Le social coûte cher à l’état et aux départements, l’Europe exige de la France de réduire ses déficits publics alors que fait-on ? La RGPP (réforme des politiques publiques) engagée depuis plus dix ans a produit quoi :

La suppression des DASS ou les inspecteurs allaient sur le terrain au profit d’ARS souvent dirigés par des personnes issus du monde industriel et dont le rôle est le seul contrôle financier (on est passé de la notion d’autorité de tutelle à celle de la tarification).

Afin de bien orchestrer le système on tente d’éliminer progressivement de l’accès aux fonctions de direction d’établissement les éducateurs et les enseignants pourtant les plus aptes à connaître les besoins des jeunes au profit de managers dont la seule mission est la gestion budgétaire.

Mieux, les budgets d’établissements sont pratiquement constants depuis 1990 avec comme directive faire mieux à moyen constant ce qui équivaut à faire mieux à moins cher, sauf que ça ne le fait pas alors il faut trouver des stratagèmes :

Déqualification des personnels : les annexes 24 prévoyaient que l’accompagnement soit assuré essentiellement par des éducateurs spécialisés, les AMP coûtent moins chers, les contrats aidés encore moins.

Loin de moi l’idée de décrédibiliser ces personnes certaines font un excellent travail mais soyons honnêtes dans un monde où le travail ne court pas les rues peu nombreux sont les professionnels qui choisissent ces métiers comme un engagement militant., nombreux sont les éducateurs spécialisés sans emploi.

Les experts des politiques sociales et médico social ont découvert qu’en ouvrant le secteur à la concurrence du secteur marchand l’Etat ferait des économies sauf que l’objet du secteur marchand c’est de produire de l’intérêt pour ses actionnaires. Ce qu’il ne dit pas c’est qu’il est en train de copier le système Belge du business handicap. Mieux encore certains départements frontaliers autorisent des structures belges à s’installer sur le territoire…. A quand la mondialisation du marché du social…. C’est déjà fait me direz vous … certes mais alors ne parlons plus de solidarité nationale et acceptons que les soins, la dépendance, l’éducation soient à deux vitesses.

Il suffit de voir les cabinets de psychologues, d’orthophonistes, de psychomotriciens privés qui fleurissent dans nos villes au détriment des services rendus par les établissements mais à quel prix et pour quelle population ?

Je reste convaincu que de nombreux établissements restent des lieux d’épanouissement où la notion de travail d’équipe permet d’éviter ces dérives.

De nouvelles formes de maltraitance apparaîtront, l’inclusion scolaire sans moyens laissera des jeunes sans qualification errer dans les rues, la rigidité de l’étiquetage des jeunes, les orientations par défaut faites par les MdPH ,l’incapacité à penser autrement qu’en nombre de lits ou places ne favorisera pas la notion d’accompagnement de parcours pourtant inscrite dans la loi.

Entre l’hôpital psychiatrique et le monde réel il y a un fossé à franchir c’est le rôle des établissements et services ne les réduisons pas à des lieux d’enfermement maltraitants. Ouvrons nos portes si ce n’est déjà fait.

A.Amate : Président du Réseau National des Communautés Educatives

Processus de déscolarisation totale ou partielle chez les 13-15 ans

Le Groupe d’Étude et de Recherche en Psychologie de l’Adolescent (GERPA) au sein de l’UFR de Psychologie de l’Université René Descartes (Paris V) vient de publier une analyse sur le processus de déscolarisation totale ou partielle chez les 13 – 15 ans.

Le RNCE relaie ici cette publication, à but de réflexion, et pour aider tous les professionnels des Communautés Éducatives intéressés et/ou concernés par des phénomènes de déscolarisation chez les adolescents avec lesquels ils travaillent.

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Communiqué commun au RNCE, au SNALESS et à l’UNALG

 

Le Réseau National des Communautés Educatives (RNCE), le Syndicat National des Associations Laïques Employeurs du Secteur Sanitaire, Social, Médico-éducatif et Médico-social (SNALESS) et l’Union Nationale des Associations Laïques Gestionnaires d’institutions du secteur sanitaire, social, médico-social, médico-éducatif et éducatif spécialisé (UNALG) ont souhaité élaborer un communiqué commun pour informer les  acteurs laïques des évolutions en cours dans le secteur de l’Action Sociale.

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